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En janvier dernier, une nouvelle définition de l’obésité, proposée par la revue The Lancet Diabetes & Endocrinology, a été publiée. Habituellement, face à ce type d’annonce, je me serais empressée de réagir. Pourtant, cette fois, j’ai hésité, figée par la complexité du débat social qui entoure le poids depuis quelques années. C’est un ami qui m’a interpellée en me lançant : « comment ça se fait que le Collectif Vital ne réagisse pas ? ». La vérité, c’est qu’il est difficile de trancher et de se positionner, même pour moi qui travaille sur ces enjeux depuis près de vingt ans.
Pour replacer le contexte, ou si l’information vous a échappé, la nouvelle définition distingue désormais deux types d’obésité. D’abord l’obésité préclinique, caractérisée par un excès d’adiposité qui, bien qu’il augmente certains risques, n’a pas d’impact majeur immédiat sur la santé. Puis l’obésité clinique, reconnue comme une maladie chronique entraînant des complications de santé. Cette approche plus nuancée, semble enfin rallier les spécialistes et les clinicien(ne)s, notamment parce qu’elle ne repose plus uniquement sur l’indice de masse corporelle pour évaluer l’état de santé d’une personne, mais aussi sur d’autres indicateurs, comme le tour de taille.
Nouvelle définition de l’obésité, mêmes préjugés ?
Toutefois, définir l’obésité comme une maladie soulève de nombreuses questions qui dépassent le simple diagnostic. Bien que la communauté médicale semble en partie réconciliée, les tensions sociales et éthiques entourant l’obésité demeurent. Car, si la nouvelle définition de l’obésité représente un premier pas vers une déconstruction du lien entre le poids et la santé, elle ne garantit pas pour autant une évolution des normes sociales quant aux préjugés sur le poids et l’acceptation de la diversité corporelle. L’engouement croissant pour les médicaments de perte de poids, combiné à un marketing agressif sur les réseaux sociaux et dans l’espace public, témoigne notamment du contraire.
D’ailleurs, saviez-vous que, sur les 58 auteurs et autrices de la commission de The Lancet Diabetes & Endocrinology, pas moins de 47 ont déclaré des liens avec l’industrie pharmaceutique, notamment Novo Nordisk, la compagnie qui commercialise Ozempic et Wegovy ? Sans remettre en cause l’intégrité de ces travaux, il est essentiel de se demander à qui cette redéfinition profite réellement : la population ou l’industrie pharmaceutique ?
Car, d’une part, reconnaître l’obésité comme une maladie représente une opportunité considérable pour les grands acteurs pharmaceutiques, en facilitant le remboursement des médicaments de perte de poids. Mais, d’autre part, cette nouvelle définition pourrait permettre une meilleure régulation de leur utilisation. Parce que, à l’heure actuelle, ces médicaments restent encore peu encadrés, ce qui contribue à renforcer des idéaux de minceur auprès de personnes qui n’en ont pas nécessairement besoin. Bref, le débat n’est pas clos et une réflexion éthique s’impose dans cette reconnaissance de la maladie.
Changer les normes sociales à l’égard du poids
Au-delà de la mise à jour scientifique, nous devons donc collectivement nous assurer que cette nouvelle approche serve réellement à améliorer la santé et le bien-être des individus, plutôt que de perpétuer des dynamiques d’exclusion et de pression sociale autour du poids. Cela implique de remettre en question nos normes sociétales, de déconstruire les biais enracinés dans notre perception du corps et de promouvoir des politiques qui valorisent la santé et la diversité corporelle. Ce n’est qu’en adoptant une approche globale et inclusive que nous pourrons véritablement transformer notre rapport collectif au poids et à la santé.